Fiche du navire

Saint Gilles
Construit en 1958 aux chantiers navals des ACRP à La Rochelle, ce navire termine sa carrière au port de La Pallice où il est désarmé en 1989. Le président de l'Union des Remorqueurs de l'Océan demande alors au Musée Maritime de La Rochelle d'en assurer la conservation. Le remorqueur est hissé sur le slipway en septembre 1994 et après plusieurs phases de restauration sera remis à l'eau le 18 septembre 2009.
Coups de chien et remorquages, un récit de Jean-François Barré
Coups de chien et assistance aux navires en perdition. Pendant 17 ans et demi , à la Pallice, Georges Terrier a commandé le Saint-Quay puis le Saint-Gilles.
Souvenirs d’un marin passé de la haute mer à la remorque « un peu par hasard ».
Au fil des ans, la grosse enveloppe s’est boursouflée.
Sur la table de la cuisine, elle laisse échapper des dizaines de photos jaunies. Souvenirs… Dans le papier kraft, plus de soixante ans de mer. A la pêche et au commerce, de Terre-Neuve à Dakar. Au remorquage, surtout. Depuis 1952, depuis le premier embarquement sur le Bassens, à l’Union des remorqueurs de l’Océan, à la Pallice.
« Au lancement du France, le 11 Avril 60, à Saint-Nazaire, c’est le Saint-Gilles qui a pris la première remorque », se souvient Georges Terrier, son dernier patron. Mission de confiance pour le remorqueur rochelais, en renfort pour assurer la réussite du paquebot national. Mission de prestige entre deux sorties galères dans le seau côtier. Entre deux sauvetages, entre deux grosses frayeurs.
Les bateaux du commerce se sont modernisés, on installé propulseurs d’étrave et machines puissantes, sont devenus manœuvrant. Alors les remorqueurs de la Pallice naviguent désormais dans les tranquilles eaux de l’avant-port. Là ou parfois tout de même s’essuient de méchants coups de chien.
La plage arrière des remorqueurs s’appelle toujours « baignoire», mais les « Abeilles » s’en vont de moins en moins embarquer des paquets de mer au large.
« A l’époque, le boulot n’était pas facile, plutôt dangereux, comme tous les métiers de la mer ». L’époque, c’était celle des cinq remorqueurs basés dans le bassin de la Pallice. Celle ou les commandants « prenaient trois remorqueurs », parce que les manœuvres étaient difficiles, parce que le mole d’escale ne pouvait accueillir que deux bateaux, parce que tous ou presque devaient emprunter les 170 mètres de l’étroit sas…
Pourtant, Georges Terrier, le bourlingueur, embarqué à 13 ans à la grande pêche sur un chalutier de son Fécamp natal pour suivre la tradition familiale qui avait déjà mis à la mer ses père, oncles et frères, a préféré se retrouver un port d’attache. « En 1935, j’étais sur le Jacques Cartier, dans le port de La Pallice. Impossible de sortir de la passe, les portes avaient dégondé. Il a fallu huit jours pour délivrer le bassin. Alors on s’est baladés et c’est là que j’ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse. En fait, c’est un coup de mauvais temps qui m’a fait trouver ma femme », rigole Georges Terrier. Il ne s’installera définitivement à La Rochelle que dix-sept ans plus tard.
C’était la mer qui commandait au gré des embarquements à la pêche ou au commerce, des eaux froides de la morue aux ports tropicaux. A la guerre aussi, quand il a fallu que le Saumur, sur lequel Georges avait embarqué prenne part à la campagne de Norvège et débarque le corps expéditionnaire français à Namos…
Alors, à coté de tout ça, le remorquage c’était prévu pour être plus tranquille. Ce n’était tout de même pas un boulot de gamin. Il lui a fallu faire ses preuves. Stagiaire pendant un mois sur le « Bassens », à l’URO, avant de passer capitaine titulaire au 1er Janvier 53.
« Dans ces années-là, on faisait beaucoup plus de sorties. On a bien dû effectuer une bonne trentaine d’assistances en 8 ans, certaines fois sur des bateaux mal en point. Toujours dans le mauvais temps ». Mais les remorqueurs étaient conçus pour travailler au port. « On n’avait pas beaucoup de matériel de remorque à bord ». N’empêche, dès qu’un navire se signalait en difficulté, en perdition, les gars de l’URO appareillaient, embarquaient conserves et matériel, se préparaient à une opération délicate. Le Saint-Gilles, pourtant remorqueur de haute mer et de sauvetage n’était pas facile à naviguer dans le mauvais temps. Il fallait connaître la mer, empêcher le bateau de rouler. Et lorsque l’on avait rejoint le navire, que la remorque était à son bord, c’était 200 mètres de remorque lovée dans la coursive qui partaient d’un coup. Trois ou quatre tonnes à l’eau »… Le commandant du Saint-Gilles se souvient aussi de la remorque qui a pété dans le mauvais temps lors d’une assistance au croiseur Tourville. Il dérivait. On est restés 24 heures à proximité, dans le mauvais temps ».
Georges Terrier a conservé trace de ces sorties mouvementées. Relique jaunies par les ans qui compte les sauvetages. On a beaucoup parlé à La Rochelle de l’assistance portée au Helle, ce chalutier qui s’était échoué à Chanchardon, en panne de barre. Il avait fallu plusieurs heures aux hommes du Saint-Gilles pour récupérer le navire et son équipage.
Ils s’égrènent, soigneusement calligraphiés sur les feuilles papier d’écolier. Des pétroliers à la dérive, en panne de moteur, des chalutiers au gouvernail cassé, des cargos échoués. L’Irish Clausen, ses 180 bovins de cargaison et la paille qui avait bloqué ses pompes. Il a fallu pousser les vaches pour placer les crépines des pompes du remorquer et vider les cales. Seules huit vaches ont péri, « mais c’était une cargaison illégale. Ce sont les maquignons qui étaient contents »…
Il y eut aussi les 15.000 tonnes de l’américain Jean Laffite échouées sur l’Ile de Ré. « On a vidé une moitié de la cargaison, remplacée par de l’eau. Avec la marrée, on a vidé l’eau, il est remonté 5 remorqueurs et 10 jours d’opération ».
A l’époque, les remorqueurs, c’était un peu les bonnes à tout faire du port. Toutes les missions, même le remorquage de la travée du transbordeur du Martrou, entre la corderie royale et son emplacement sur la Charente. Idem pour Diplodocus, la plate-forme qui plantait les piles du pont d’Oléron.
Georges était arrivé au remorquage un peu par hasard, pour trouver un endroit qui le rapprocherait de La Rochelle. Il y est resté 17 ans et demi. En 70, à l’heure de la retraite, il a mis pied à terre. Et dès que le Saint-Gilles devenu musée a repris du service, il s’est précipité a bord.
Depuis, il continu de le bichonner. En ne cessant de pester. Parce qu’il ne peut plus le sortir seul. « Il faut un « théorique » à bord. Un simple brevet. Un patron de yacht peut le prendre et pas moi. » Pourtant, Georges aimerait bien préparer l’avenir. « Tôt ou tard il faudra bien me remplacer » Il faudra quelqu’un pour manœuvrer le difficile engin, maîtriser les commandes indirectes et jouer du chadburn, jongler avec une hélice qui n’est pas débrayage du moteur. »
Ce qui m’intéresse, maintenant, c’est de former des gens », de leur transmettre un peu de l’histoire du Saint-Gilles à la mer »…