Fiche d'un lieu

La Ville en Bois

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Arlette Kerzerho et la Ville en Bois, par Yves Gaubert

 

Arlette Kerzerho est née à la Ville en Bois. Sa mère, née, elle aussi, à la Ville en Bois, faisait les huîtres sur la côte.

« Ma mère a commencé à 9 ans et a fait ce métier jusqu’à 67 ans. On était déclaré libéral, on n’avait pas de sécurité sociale, rien. On a eu la chance d’avoir la santé. Ma mère est tombée veuve jeune. On a vécu que de ça. A la Ville en Bois, les trois quarts des femmes faisaient les huîtres. Quand c’était l’époque de la sardine, elle travaillait à l’usine Saupiquet. La maman de Charlette aussi y allait. Elles travaillaient jusqu’à minuit, une heure. Les bateaux rentraient tard. Les marins passaient dans les maisons, « Allez à la sardine ! ».

Morch était norvégien et il importait du bois, il avait une scierie et c’était mon propriétaire. Il nous a vendu la maison (une maison en brique). Quand ils ont voulu abattre les maisons de la Ville en Bois, j’avais un acte de propriété. Et à la mairie, ils ne voulaient pas le croire. A cette époque, Morch était maire de La Rochelle. Il s’était désisté en notre faveur. Il a voulu nous protéger parce que mon père travaillait chez lui. Il est mort à 32 ans. Tous les mois j’allais chez Morch payer le loyer.

Ma mère a été relogée à Tasdon. En contrepartie, elle était logée gratuitement. Elle avait 84 ans, elle a vécu jusqu’à 104 ans. Quand ma mère est entrée en maison de retraite, la ville a continué à verser un peu pour la maison de retraite.

J’ai travaillé dans un bureau comme sténodactylo jusqu’à ce que je me marie et j’ai quitté pour aller aux huîtres avec ma mère. On avait des parcs aux Minimes, à Angoulins. On faisait tout, Châtelaillon, Fouras. On faisait les banches. On décollait les huîtres sauvages. On les lavait, on les triait, on les mettait en sacs.

Une femme, elle était à la marée, elle a accouché dans la nuit et le lendemain elle est retournée à la marée. J’ai une belle sœur qui a voulu faire les huîtres, elle n’a jamais pu monter ses sacs. On les montait à l’escalier Gaillard. Il faut savoir équilibrer le sac. Je ne pouvais pas porter les sacs à tout le monde. »

Arlette a épousé un patron de pêche de La Rochelle, Désiré Kerzerho. Elle raconte un épisode dramatique : « Le Du Chaffault, le dernier bateau de mon mari, a fait un sauvetage d’un cargo panaméen perdu dans la tempête, le 28 novembre 65. Ils ont sauvé 23 hommes. Le chef mécanicien a filmé. A la fin, ils sont allés chercher le capitaine. L’armateur du Du Chaffault était M. Laurent.

Mon mari faisait des marées de 18 à 20 jours. Ce n’est pas de la rigolade d’aller à Bishop et tout. En pêche, Ils viraient toutes les deux heures. »

En 70-71, son mari est entré à la DDE pour devenir le patron de l’Estrée, le bateau du balisage de La Rochelle. Il est allé chercher ce bateau neuf à Marseille et en est resté capitaine jusqu’à sa retraite en 84.

« L’ostréiculture a stoppé quand ils ont fait la plage à La Rochelle et le port des Minimes. Mon mari a fait les sondages du port des Minimes et ils ont fait passer l’eau dans l’île de Ré. Sur la plage des Minimes on avait deux grands parcs qu’ils nous ont enlevés sans les remplacer.

J’ai quitté la Ville en Bois en 56. La cité Magnan à Tasdon a servi à reloger les gens. »

Ville de la Rochelle Musée DRAC Poitou Charentes FAR Ami du musée