Fiche du témoin

Georges Hays

Georges HAYS « dit Charleston » tient son surnom de son père qui, chauffeur sur les anciens chalutiers à vapeur, était célèbre pour danser sur la lisse des chalutiers ! « Tu feras jamais marin » lui avait-il dit après l'avoir emmené à bord du Gascogne à  12 ans….Mais, c'était « soit la mer, soit le cul des vaches »…Alors, Georges a embarqué sur le Picore  de l'armement Castaing…pour terminer sa carrière à l'URO sur les remorqueurs Saint-GillesGuérande et le Saint-Estèphe, son dernier navire. C'est avec beaucoup d'humanité, de talent et de malice qu'il nous raconte sa vie à bord. 

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Georges Hays, matelot à bord de l’Angoumois


Je m’appelle Georges Hays, mon surnom, c’est Charleston. Il vient de mon père, chauffeur sur les vieux vapeurs. Il dansait le Charleston sur la lisse du bateau. Lui était à la machine, moi sur le pont. On a fait une ou deux marées ensemble, chez Auger, sur le Charles Letzer.

J’ai commencé à 14 ans, chez Castaing, sur le Picorre, un vapeur avec la chauffe au mazout. En 1947, j’ai fait une marée sur le Gascogne, comme passager. J’avais 12 ans et mon père était premier chauffeur à bord. Ces vieux vapeurs partaient chargés à mort et passaient sous la vague. On était trempés.

J’ai fait les J3 chez Auger et Gaury, puis les petits bateaux en bois de 16 mètres. J’ai été matelot, bosco, lieutenant et même graisseur. J’ai préparé le lieutenant de pêche, un peu tard, à 49 ans. J’avais mon capacitaire et mon permis de conduire moteur. Aux travaux maritimes, à Saint-Nazaire, j’ai commandé un petit remorqueur comme patron mécanicien.

J’ai quitté la pêche en 77 pour le dragage. Ensuite, j’ai été sur les remorqueurs en remplacement, le Talmont, le Saint-Gilles, le Guérande, le Saint-Estèphe. J’ai fait une saison sur les bacs de l’île de Ré. Au retour sur les remorqueurs comme titulaire, à 52 ans. Ils diminuaient le personnel, j’ai pris la pré-retraite. La période que j’ai préféré, c’était le dragage.

A la pêche, vous travaillez jour et nuit, dimanche et jours de fête. Sur les dragues, c’est douze heures de travail et douze heures de repos. A la pêche, on peut passer trente six heures sur le pont sans décoller, juste dix minutes pour manger et retour sur le pont avec les paquets de mer qui vous tombent dessus.

Mon meilleur souvenir, quand on faisait l’Espagne, on allait faire un tour à terre pour une petite bordée. Mon plus mauvais souvenir, c’était sur un petit bateau, le Général Leclerc. On était en pêche à la côte, devant Hourtin. Le baromètre tombait. On a essuyé un orage d’été avec une mer forte. Quand on voyait une grosse lame, on mettait le bateau vent arrière, et il partait presque à la verticale. On n’était pas fier.

J’ai fait onze jours en mer avec un phlegmon, étant novice. A vingt quatre heures près, on me coupait la main. Il y avait de quoi se soigner à bord, mais personne de compétent. Toute la main était infectée. Je suis resté pendant un mois en clinique.

Au commerce, la vie a bien changé. On était parti quatorze jours et on avait une semaine de repos. Quand j’avais fini mes douze heures, je pouvais prendre la douche, coucher dans des draps, bien dormir, être servi à table.

 

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