Histoire de l'Angoumois par Yves Gaubert

Ce chalutier construit en 1969 par les Ateliers et Chantiers de Dieppe a été commandé par Jean-Claude Menu, Armateur de l'Association Rochelaise de Pêche à Vapeur (ARPV). "L'Angoumois est le deuxième pêche arrière que j'ai fait construire" explique-t-il. Il a été précédé par le Saintonge. Je voulais des chalutiers de 38 mètres pêche arrière avec rampe et entrepont. Cette disposition n'existait alors que sur les navires de 55 à 65 mètres. Les chantiers de Dieppe ont accepté de les réaliser. Ils se sont révélé d'excellents bateaux. D'ailleurs avec l'Angoumois, je n'ai jamais eu de pépin."

De 1969 à 1978, le chalutier va travailler au nord, à l'ouest de l'Espagne, et à l'ouest du Portugal jusqu'à la latitude des Berlingues. A l'automne cependant , l'Angoumois fréquentait les eaux du sud Irlande. "A cette période nous faisions une pêche de luxe," dit Jean-Claude Menu, "90 % de merlus, merluchons et dorades et 10 % de divers. C'était la belle époque de la pêche rochelaise, celle qui a établi sa réputation de port où on trouvait du poisson frais de première qualité.".

En 1984, Jean-Claude Menu décide de se séparer de l'Angoumois. «C'est le dernier bateau que j'ai conservé. Je l'ai vendu à un armement grec, mais le gouvernement a refusé le visa et a subventionné la SARMA qui l'a racheté». Joseph Puillon se souvient très bien du chalutier car il en a été le patron de 1970 à 1978," j'ai commandé le Saintonge, ensuite je suis passé sur l'Angoumois. En même temps on a quitté l'Espagne pour le Nord. On allait travailler dans les eaux du Nord Irlande et de l'Ouest Ecosse. On pêchait toujours du poisson blanc (merlu, merluchon, dorade) mais il était en diminution. Quand les Espagnols sont arrivés avec leurs palangriers, ils nous ont barré la route et on a été chassé de toutes les zones de pêche. A partir de là, on a ramassé surtout du divers (morues, lieux noirs, etc.). En mai 1986, un palangrier espagnol aborde l'Angoumois et coupe ses deux funes, tout le train de pêche, chalut, câbles et panneaux sont perdus, un acte de piraterie qui restera impuni."

1993 : En panne de moteur depuis le mois d'avril 91, ce navire vieux de 23 ans a largement dépassé le temps moyen d'une carrière de chalutier. Sa remise en service nécessiterait des travaux trop onéreux et difficilement rentabilisables vu l'âge de ce bâtiment. La SARMA, le dernier armement industriel rochelais qui a été créé par les mareyeurs pour maintenir cette activité, décide de s'en séparer. L'armateur entreprend les démarches nécessaires pour profiter des dispositions du plan Mellick, plan élaboré pour inciter par des aides financières à l'arrêt d'activité d'une partie de la flotte de pêche. Ce plan répond aux directives européennes visant à diminuer la pression exercée sur la ressource et éviter la surpêche.Patrick Schnepp et Yves Gaubertse mobilisent alors pour sauver ce témoin du patrimoine maritime rochelais. Ce type de chalutier pêche arrière a marqué en effet, toute une période de l'histoire de cette activité à La Rochelle.

Vie à bord : douze hommes pour quinze jours

L'Angoumois partait pour des marées de quinze jours. Il fallait deux jours et demi pour atteindre les lieux de pêche.L' équipage se composait de douze hommes : un patron, un second, un chef mécanicien, un graisseur, un maître d'équipage, un cuisinier, quatre matelots et un novice ou mousse. Originaire de Groix, Joseph Puillon a commencé comme mousse à 14 ans et a obtenu son brevet de patron à 24 ans. Rochelais depuis 1965, il a toujours navigué à la pêche industrielle et à terminé sa carrière sur le Force 17.« Quand on était en route, il y avait un officier de quart et un matelot de passerelle, mais en pêche j'étais à la passerelle de 6 heures à minuit et encore minuit et 6 heures je me relevais à chaque virage de chalut . L'Angoumois était à la vente le lundi, puis à la marée suivante le mercredi. Entre deux marées, trois jours d'arrêt. L'hiver on se rapprochait 24 heures à l'avance pour arriver à temps. En janvier 1986, on a essuyé un ouragan (force 12), on est resté 80 heures à la cape. Il y avait de quoi avoir peur " .Suivant les marées, l'Angoumois débarquait entre 25 et 50 tonnes de poissons. En 89, il avait encore débarqué 620 tonnes, en 90, 460 tonnes (avec arrêt de deux mois) et en 91, 200 tonnes jusqu'à sa panne fin avril. La position de la Rochelle, au fond de la Gascogne est un désavantage pour aller pêcher dans le Nord.« Par rapport à un Concarnois, un chalutier rochelais perd 40 heures par marée, soit 10 coups de chalut, ce qui représente 30 jours de production en moins par an, "explique Yves Hédant, directeur de la SARMA. "Les 38 mètres n'ont pas été conçus pour le Nord et manquent un peu de protection et de capacité de cale ».Ces conditions difficiles ont été un des facteurs du déclin de la pêche industrielle rochelaise.

D'après un article d'Yves Gaubert, journaliste maritime et co-fondateur du Musée Maritime.

Bibliographie : Les marins de La Rochelle, de Jacques BOUCARD, Thierry VIELLOT, Yves GAUBERT, Benoît POITEVIN, Patricia TOUCAS, Jean-Pierre ROUSSEL, Geste Editions, 1997.

 

Navire: 
Angoumois

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